BEATRICE - Ep 03 & 04

23 Dec. 21

#3 Écrire 

L'écriture c'est venu très rapidement. Ça a été un échappatoire. Etant donné que j'avais personne, petite. Parce que ma mère et mon père me calculaient pas et que c'était un peu sordide comme vie, j'ai beaucoup écrit. Beaucoup déversé. Un jour, je me rappelle, mon père a ramené un petit carnet de son travail. Avec un crayon. Et comme s'il savait que ça allait m'être utile, il me l'a donné. Un monde s'est ouvert à moi. J'ai commencé à écrire des petites histoires, du genre de celles que j'aurais eu envie de vivre. Plus j'écrivais, plus je m'éloignais de ma vie à moi. Et je me rappelle, j'avais droit à pas grand chose, la petite Cosette des temps modernes, hein ! Alors dans notre HLM, je cachais mon carnet dans une sorte de faux plafond. Hop. Je voulais pas que ma mère y touche, elle l'aurait déchiré. 

Il y a quelques années de ça, je voulais les jeter, mes carnets, et ma compagne m'a dit, non, on les garde. On va peut-être pas les lire tous les cinq minutes mais ils font partie de ton histoire. Alors on les a gardés. 

#4 Bienvenue Béatrice 

Je suis partie chercher du pain et je ne suis pas revenue. C'était 16 jours avant mes 18 ans. J'ai vécu à la rue, dans des centres d'accueil sordides. Et un jour on me propose une place, dans un foyer, à Champigny-sur-Marne. Je visite le foyer le 6 décembre. C'était une petite maison de caractère, sur trois niveaux, au milieu d'un grand parc. A la fin de la visite, on me dit : on t'attend. À moi. Qui n'ai jamais été attendue. Ça a été un choc. Le 8 décembre je suis arrivée avec les sacs en plastique contenant ma vie et en haut des marches, sur un mur, on avait installé un panneau : Bienvenue Béatrice. Toutes les filles avaient mis un petit mot. Collé des images de fleurs, de soleil. Bon, c'était très catho mais très famille aussi. On respectait les choix de chacune. J'ai vécu là-bas pendant un an et demi. La foi m'est tombée dessus. Y'a un truc qui vient. Quand on n'a plus rien. Et qu'on cherche des lianes où s'accrocher. Et à l'époque, j'avais pas beaucoup de lianes. Il reste ce qui est palpable, ce qui est une force. 

 

La suite au prochain épisode...

 

Un grand merci à Hector de la Vallée pour le travail créatif sur le portrait.